header_deposer_annonce
Français English
» COTEBTP
Exporter en pdf  Exporter en pdf
COTEBTP

En France, comme dans les pays industrialisés soumis à l’idéologie

économique au sens de Jean-Baptiste Say, idée générale partagée par les élites,

les besoins de construction ou de reconstruction s’inscrivent dans un certain

contexte sociétal et répondent à des contraintes de sécurité, de délai, de qualité,

d’économie qu’on qualifierait volontiers aujourd’hui de développement durable...

La France libérée, de nombreux systèmes constructifs sont inventés ou

développés pour faire face aux besoins massifs de construction. Pour beaucoup,

les techniques et outils traditionnels paraissent quelque peu obsolètes « Les

méthodes de bâtir dites traditionnelles ne pouvant satisfaire aux besoins très

importants et urgents de la Reconstruction, il est devenu indispensable

d’appliquer au Bâtiment les méthodes de l’industrie »

 

 pour résoudre l’urgence

onstructive. Ce manifeste s’inscrit d’abord dans le contexte de pénurie de maind’oeuvre

qualifiée, puis dans le redressement économique de la France des

Trente Glorieuses, d’abord freiné par les guerres coloniales, puis accéléré avec

l’indépendance de l’Algérie.

Les « idées » récurrentes associées à l’industrialisation du bâtiment, issues

de l’entre-deux-guerres, éclairent une pensée de l’architecture qui se veut en accord avec ces temps « modernes » : de masse, en série, standard

 

 C’est la

période où les pionniers de la préfabrication - Charles-Henri Besnard de Quelen

 

 

Le Corbusier, Auguste Perret, Pol Abraham, André Lurçat, Eugène Beaudouin,

Marcel Lods, Georges-Henri Pingusson, Jean Ginsberg - matérialisent leurs

idées en utilisant des éléments standardisés, en construisant des maisons en

série, en usine et à la chaîne

 

tayloriste, la construction normalisée et l’importance de l’uniformité

  Le

Corbusier, dans son célèbre

 

Vers une architecture publié en 1921, évoque

l’industrie par la série et le standard, et expose l’architecture par le module. Le

défi des architectes modernes, selon lui, consiste à construire des bâtiments en

accord avec les nouveaux modèles technologiques, c’est-à-dire en appliquant les

standards des sciences aux techniques. C’est l’époque du machinisme qui doit

rendre un « esprit nouveau »

 

Les idées de Le Corbusier, reprises de Walter

Gropius

 

 étudiées au Bauhaus8, discutées dans les CIAM9, brandies dans les

manifestes de l’ASCORAL

 

 et dans la Charte d’Athènes, sont celles qui fondent

la doctrine de la modernité architecturale - fonctionnaliste et rationnelle. Elles

sont à la base du modèle urbain « progressiste » décrit par Françoise Choay et

au centre duquel se trouve un « homme-type », universel, interchangeable

 

 

« identique sous toutes les latitudes et au sein de toutes les cultures »

  « Un

homme moyen », fils de « l’homme moyen »

 

1

Modernisme et industrialisation représentent, selon les paroles de Pierre

Chemillier ancien directeur de CSTB, l’épanouissement de l’ingénieur. Ce n’est

pas par hasard que Michel Ragon, dans son

 

Histoire de l’architecture et de

l’urbanisme moderne

 

 

(1986), insère le sous-chapitre « Préfabrication et

industrialisation du bâtiment » dans le chapitre dénommé « L’influence des

ingénieurs »

 

 dont les représentants français sont notamment : Bernard Lafaille,

Eugène Freyssinet, Jean Prouvé, Henri Sauvage. Ce sont les ingénieurs qui «

(…) à partir des années cinquante (…) ont pris à leur compte la politique

d’industrialisation du bâtiment »

 

 Les grands ingénieurs de l’Etat, qui se

succèdent à la direction de la Construction : Adrien Spinetta, Gérard

Blachère, Marc Aubert, Robert Lion, participent largement à l’idéologie de ce

mouvement : « Seule l’industrialisation permettra de construire mieux, plus vite et

moins cher », martèlent-ils.

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, la

 

préfabrication en béton16, l’une

des techniques de l’industrialisation du bâtiment, est considérée comme la

meilleure solution au problème d’une construction massive, bon marché et

rapide. Les séismes, par l’amplitude des dégâts qu’ils causent, engendrent des

besoins de reconstruction similaires. Ainsi le séisme de Mexico, en 1985, a

nécessité la reconstruction rapide et par nature non planifiée d’environ six mille

logements et bâtiments publics

 

. Les solutions apportées par la préfabrication

sont particulièrement pertinentes dans ces situations ; le

 

procédé Camus est

utilisé en 1966 lors de la reconstruction de Tachkent, capitale de l'Ouzbékistan.

Le

 

« mythe » de la préfabrication ayant été exporté, il est évoqué, par exemple

au Mexique, lorsque qu’il est question de construction massive et urgente

 

 

“Within thirty years, France has known changing conditions which

obliged it to use, compare and improve all sorts of techniques. Our

experience can be useful to other countries”

 

“For developing countries,

the apparent advantages of industrialized building are compounded

apparent ease with which the problems could be solved, given the

supposed existence of technical solutions in the industrialized countries”

 

“Newly industrialised countries tend pretty much to follow the development

trends of the 1960s and 1970s, which were characterised by mass

production...They also have the advantage of being able to learn from the

mistakes of countries which developed sooner”

 

C’est la rencontre de deux mondes qui a donné lieu à cette problématique :

l’un marqué par les besoins de construction massive et urgente, l’autre semblant

offrir la solution apportée par la préfabrication. C’est donc avec le « mythe

fondateur », comme le décrit Bruno Vayssière, de la préfabrication comme

solution à une construction d’urgence, qu’est née cette recherche.

De la panacée à l’échec de la préfabrication

L’histoire du développement de l’industrialisation du bâtiment, en France

est concomitante à l’histoire de son échec. « Rarement sujet n’a été aussi

unanimement décrié, pis, collectivement refusé : les médias d’abord, puis la

critique universitaire ont vivement critiqué le grand ensemble après 1963-

1964 »

 

 Au fond, la préfabrication du bâti, parce qu’elle est sérielle et identique,

parce qu’elle normalise et nivelle la production, rend le citadin médiocre, moyen,

reproductible comme un lapin. La préfabrication signifie travail à la chaîne,

ouvriers spécialisés, hommes machines. Elle a tous les attributs d’incitation à la

révolte urbaine. Ses formes – nervures de caisse, cube, parallélépipède,

panneau, toit plat – s’appellent communément clapier, poulailler, boîte à

chaussure

 

À la fin des années 1960, fin de la précarité, le redressement du niveau de

vie exige davantage de sécurité, de bien-être et de confort. Le souhait, partagé

de plus en plus unanimement d’une plus grande diversité, remet en cause dès le

milieu des années 1950 et jusqu’au milieu des années 1960, la préfabrication

dominante dite « lourde et fermée », jugée standardisée et rigide. Le problème

est supposé être réglé par d’autres typologies de préfabrication : « ouverte » et

« légère », que les pouvoirs publics essaieront, à plusieurs reprises, de mettre en

oeuvre ; notamment avec les premiers résultats d’une « industrialisation ouverte »

vers 1965, puis cinq ans après, avec la naissance du Plan Construction et

Architecture.

« L’INDUSTRIALISATION du bâtiment : chacun en parle. Tout le monde en

rêve. [Pierre] Consigny, directeur de la construction au ministère de

l’Equipement, ne vient-il pas d’annoncer qu’une nouvelle commission

préparatoire du VIIème Plan allait traiter de ce problème »24, expose La vie

française

 

 

pour le salon Batimat de 1975. La préfabrication, panacée ou échec,

est un thème culturel, souvent discuté, suggéré, critiqué, méprisé, mais pas

encore décrypté. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, la préfabrication

passe pour être un étendard d’innovations, de solutions neuves, mais aussi de

suspicion. La publication traitant de l’exposition « Architecture et Industrie, passé

et avenir d’un mariage de raison », présentée à la fin de 1983 au Centre Georges

Pompidou, introduit l’ouvrage avec cette inquiétude : « Voici plus d’un siècle que

le monde du bâtiment se dit qu’il serait temps d’industrialiser la construction de

nos maisons. Combien de fois, en préparant cette exposition, avons-nous pu lire

et entendre que le bâtiment restait une des dernières productions à n’avoir pas

encore franchi le cap de la manufacture ! »

 

Lorsque l’industrialisation du bâtiment est acceptée comme « la solution »

la meilleure, quelle est alors la typologie la plus convenable ? « C’est la

cacophonie : industrialisation lourde ou légère, préfabrication foraine ou en usine,

systèmes fermés ou systèmes ouverts, coordination modulaire ou meccano

national… »

 

 souligne Jean-Louis Vénard. Jean-Luc Salagnac, dans une

réunion du Conseil international du bâtiment (CIB) à la fin 2004, commence son

intervention avec l’intitulé «

industrialisation »

 

 

 pour se poser les mêmes questions, encore sans solutions.

« L’industrialisation n’est donc pas cet événement toujours prédit et toujours

attendu pour demain… »

 

 

C’est ainsi qu’au croisement de deux faits se pose notre problématique :

d’une part l’industrialisation du bâtiment considérée comme « La » solution, et

d’autre part, sa remise en cause permanente. Cela impose d’analyser

 

les

potentialités, les difficultés et les enjeux de l’industrialisation du bâtiment.

B. Méthode et sources

Bornes de l’industrialisation du bâtiment

Les bornes matérielles, spatiales, et temporelles se sont imposées

logiquement : nous étudions la technique de construction la plus utilisée dans la

période postérieure à la Seconde Guerre mondiale de sa naissance à son déclin

relatif, et ce dans la construction scolaire, secteur clé de la construction peu

étudié jusque là. De ce bornage résulte notre objet de recherche :

 

la

préfabrication dans la construction scolaire en France de 1951 à 1973.

Préfabrication

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’industrialisation du bâtiment

semble apporter une solution pour reconstruire le pays dévasté. La période de la

Reconstruction est l’opportunité d’expérimenter différentes procédures

administratives, méthodes et techniques de construction. Avec des systèmes de

construction dits en « traditionnel évolué »

 

29 sont réalisées quelques opérations

emblématiques : la reconstruction du Havre par l’architecte Auguste Perret ou

celle d’Orléans par l’architecte Pol Abraham.

 

 

 

Recherche rapide
 
boxe_droite_recommander_ami